| Des Logiciels Libérables par Thomas Gil(thomas.gil@dotnetguru.org) | ||
Le domaine du logiciel est en pleine effervescence. Ce n'est pas nouveau mais on sent depuis quelques temps cette activité s'intensifier. En effet, de très nombreux logiciels voient le jour tous les ans, la concurrence est très rude et l'offre s'étoffe pour le plus grand plaisir des utilisateurs qui n'ont que l'embarras du choix.
Cette quasi-frénésie est la résultante du travail de plusieurs types d'acteurs, chacun ayant des motivations bien distinctes:
les éditeurs de logiciels commerciaux
les particuliers éditant des logiciels pour leur propre compte sous forme de partagiciels (shareware)
les universités et centres de recherche qui ont longtemps placé "leurs" logiciels dans le domaine public, aujourd'hui plutôt dans le "libre"
enfin tous les membres de "communautés Open Source", qu'il s'agisse d'employés de sociétés ou de simples particuliers
Les objectifs sous-jacents sont multiples. Il peut s'agir de recherche, de partage, de plaisir, d'échange ou de montée en compétence... mais aussi d'argent, de pouvoir, de renommée, de compétition, de politique ou d'idéologie. En fait, la motivation de chaque membre d'une équipe de développement est une savante pondération de tous ces aspects (sans compter tous ceux que j'oublie).
Les logiciels développés, quant à eux, peuvent être payants ou gratuits, ils concèdent plus ou moins de libertés à leurs utilisateurs et impliquent plus ou moins la responsabilité de l'éditeur. Les "plus ou moins" sont réglés par une licence, associée à chaque logiciel.
Cet article un peu atypique est organisé en deux temps: dans une première partie, je vais tâcher de partager avec vous ma compréhension du "monde du libre" inscrit dans la nébuleuse du domaine de l'édition de logiciels; puis je vous proposerai de réfléchir à un nouveau (?) modèle économique pour le développement logiciel que l'on peut voir comme un compromis entre les logiciels libres, Open Source et fermés.
Nous prendrons comme convention d'appeler "le développeur" la ou les personnes qui ont participé à la construction d'un logiciel. Il peut s'agit de personnes physiques isolées ou rassemblées en groupes, ou de personnes morales (entreprises, associations, fondations, entités d'Etat...).
Est du domaine public un logiciel dont les droits d'auteur ont été concédés sans contrepartie par le développeur (qu'il s'agisse d'une personne ou d'un groupe). Puisque tout ce qui est écrit appartient généralement (dans la plupart des pays) à son auteur, il faut que ce dernier entreprenne les démarches légales nécessaires pour se "défaire" de ses droits d'auteur.
Et puisqu'aucun droit ne contraint plus le logiciel, chacun peut en avoir l'usage qu'il souhaite. Par exemple, l'utiliser pour ses propres besoins, l'intégrer dans un autre logiciel (quelle qu'en soit la licence), le modifier, le revendre... Il n'y a aucune contrainte.
Selon la définition de Richard Stallman (leader de la FSF ou Free Software Foundation), un logiciel est libre s'il donne à tous ses utilisateurs le droit de l'utiliser et de le modifier à loisir tant que cela respecte l'intention originale de son auteur (on interdit par là-même tout "détournement vicieux" de cette intention que l'on risquerait ensuite d'attribuer à l'auteur originel). Pour pouvoir exercer le droit de modification, il va sans dire que le code source du logiciel doit être accessible aux utilisateurs.
D'autre part, le logiciel libre, original ou modifié, est également redistribuable. Une condition doit toutefois être respectée: le redistributeur doit concéder les mêmes droits à ses propres utilisateurs. On espère ainsi propager la liberté de développement et d'amélioration des logiciels.
L'intention de l'Open Source (définie par l'OSI ou Open Source Initiative) est globalement la même que celle du logiciel libre: un logiciel Open Source garantit aux utilisateurs qu'ils pourront avoir accès au code source, qu'ils pourront le re-distribuer librement tel quel ou après modification... Par contre, l'Open Source est moins formelle (moins orthodoxe diront certains) sur la propagation de la liberté: d'une part les utilisateurs de logiciels OpenSource ne sont pas tenus de re-distribuer leurs modifications en Open Source, et d'autre part les logiciels basés sur des bibliothèques ou un framework Open Source ne sont pas tenus de l'être à leur tour.
Bref, la différence idéologique fondamentale entre ce modèle et le précédent tient au fait que la liberté du logiciel peut être "virale", avec propagation (modèle du logiciel libre) ou non (modèle Open Source).
Certains logiciels ne sont disponibles que sous forme de programmes exécutables. Leur code source reste la propriété exclusive du développeur. Ces logiciels ne permettent donc pas la modification, raison pour laquelle on les qualifie de "fermés". Par contre, l'auteur peut tout à fait concéder d'autres droits aux utilisateurs tels que la redistribution ou l'utilisation sans restriction.
Les frontières entre les types de logiciels (domaine public, libre, Open Source ou fermé) ne sont pas nettes pour tout le monde. Il est donc fréquent de faire quelque amalgame ou abus de langage.
Par exemple, on dit parfois qu'un logiciel libre est du domaine public. C'est faux puisque les logiciels du domaine public sont la propriété de tous (pas de droit d'auteur associé) alors qu'un logiciel libre est protégé par une licence (type GPL ou CeCILL) et que l'auteur garde la pleine jouissance de ses droits.
Un logiciel libre est Open Source. L'inverse n'est pas toujours vrai: tout dépend des modalités de licence Open Source, en particulier de celles concernant la propagation de liberté des utilisateurs.
On pense souvent que parce qu'un logiciel est libre, il est gratuit. Cela n'a rien à voir. Un logiciel libre peut être payant, son prix peut être modéré ou élevé. La seule différence à ce niveau par rapport à un logiciel fermé et commercial est que dès la première vente, l'utilisateur acheteur d'un logiciel libre gagne le droit de le re-distribuer à son tour, gratuitement ou pas. Le comportement des utilisateurs étant imprévisible (vont-il souhaiter que les autres le paient aussi puisqu'ils l'ont payé eux-mêmes ou seront-ils au contraire partageurs?), une société ne peut pas être certaine de vendre au prix fort un logiciel libre plus d'une fois.
On lit aussi que tout code basé sur un logiciel libre DOIT être lui-même libre et qu'il doit être envoyé à l'auteur du logiciel original (en vue d'une intégration future). Il n'en est rien: chaque utilisateur peut tout à fait conserver ses propres modifications d'un logiciel libre sans les re-distribuer et il n'est pas tenu de les faire parvenir à l'auteur initial. Par contre, si un utilisateur veut re-distribuer publiquement un logiciel libre modifié, cette modification doit à son tour être libre.
Pourquoi développer des logiciels libres? L'idée s'approche de celle du partage des connaissances scientifiques: les "penseurs" du libre et leurs adeptes sont persuadés que la mise à disposition de logiciels et de droits associés (d'utilisation sans restriction, de modification, de redistribution):
facilitera l'accès aux logiciels par le plus grand nombre de personnes, sans restriction sur le type d'utilisateur
améliorera la qualité globale des logiciels
augmentera le confort global des utilisateurs
améliorera le bien public
Bref, développer des logiciels libre est une manière d'apporter sa pierre à l'édification d'une société meilleure...
Toutefois, les détracteurs du monde libre et de l'Open Source arguent souvent que:
c'est du travail à la petite semaine, parfois réalisé par des non-spécialistes et donc de moins bonne qualité
ce modèle va faire suffoquer les emplois de l'industrie du logiciel commercial
les services de support, de garantie, d'assurance font défaut aux logiciels libres
On sent dans ces arguments une certaine résistance au changement ainsi que quelques a priori. Tout d'abord, et nous en reparlerons dans la section suivante, de nombreux spécialistes voire experts de leur domaine interviennent sur les projets libres ou Open Source et leur apportent une qualité parfois inégalée par la concurrence commerciale. Par contre, ce n'est pas vrai pour tous les projets donc il existe aussi beaucoup de projets bâtis à la force de l'éditeur de texte, sans conception ni méthodologie (de processus ou d'architecture). C'est vrai. Mais la question peut être retournée: tous les logiciels fermés et commerciaux ont-ils une belle architecture technique, sont-ils fiables, ont-ils été conçus dans les règles de l'art?
D'autre part, la notion de service commercial ou bénévole autour du logiciel libre s'organise depuis plusieurs années. Les utilisateurs peuvent donc y souscrire pour disposer d'un support, d'une aide à la résolution des problèmes, d'interventions de conseil ou d'aide à la décision sur ces logiciels...
Enfin je suis persuadé que les modèles libre et commercial ne sont pas nécessairement antithétiques. Dans la définition même du logiciel libre, rien n'interdit de faire du commerce. Au contraire, puisque la passion et/ou le métier de certains est de développer des logiciels, il faut qu'ils puissent continuer à exercer ce métier ou assouvir cette passion même si le logiciel est libre. Mais pour cela, nous avons besoin d'un modèle économique adapté.
L'objectif n'est pas ici de dresser une liste exhaustive des modèles existants mais simplement de comprendre l'esprit de certains d'entre eux à travers des exemples concrets.
Imaginons tout d'abord une société qui édite aujourd'hui des logiciels fermés et payants (prenons le cas d'une licence par utilisateur). Cette société pourrait contribuer au logiciel libre de plusieurs manières:
Elle pourrait donner le goût de ses produits aux utilisateurs en leur offrant la possibilité d'en utiliser une version limitée. Celle-ci pourrait être proposée sous une licence libre (GPL, CeCILL) ou au contraire sous une licence Open Source qui limiterait les droits de re-distribution des logiciels par les utilisateurs. La version complète du logiciel quant à elle resterait fermée. Par exemple, la société IBM adopte ce modèle autour du développement des environnements de développement (Eclipse est Open Source mais non libre et WSAD ou RAD6 est une extension fermée d'Eclipse). J'ai pris l'habitude de nommer ce modèle "l'apéritif à volonté": une version light est Open Source et gratuite mais dès que l'on souhaite obtenir une version complète il faut "passer à table" et payer l'addition, c'est-à-dire le prix d'une licence de logiciel fermé.
S'il s'agit de bibliothèques de classes (ou d'aspects) et non de logiciels finis, il est possible de les proposer sous deux licences distinctes (modèle "dual-licence"), une libre et une autre moins "contraignante" en termes de re-distribution. Certains utilisateurs se satisferont de la licence libre (car ils travaillent eux-mêmes sur un logiciel libre, ou sur un logiciel interne qui ne sera pas re-distribué) alors que d'autres achèteront la licence plus souple car ils souhaitent embarquer la bibliothèque dans un logiciel commercialisé et non libre.
Plus rare, il est tout à fait possible de vendre ses logiciels sous une licence libre. Par contre, les utilisateurs gagnant le droit de les re-distribuer, il faut bien choisir le prix de vente du premier exemplaire de chaque logiciel car ce sera peut-être le seul à être vendu...
Un autre modèle pour un éditeur consiste à développer certains logiciels libres en espérant se créer une renommée (qui a un impact très différent de la publicité que pourrait faire l'éditeur autour de ses produits car la cible n'est pas la même en général) et continuer à vendre le reste de sa gamme de produits fermés.
Mais dans le monde du libre, il est tout de même assez rare de trouver des sociétés dont l'activité exclusive est d'éditer des logiciels. En général, la rentabilité passe plutôt par la commercialisation de services; on parle donc de SSLL (Sociétés de Services spécialisées dans le Logiciel Libre). Le principe est simple: les logiciels sont gratuits, libres et/ou Open Source, la société y contribue (financièrement ou comme force vive) et commercialise services et produits dérivés de ce logiciel:
aide à la décision, si plusieurs produits libres sont concurrents et que l'utilisateur ne maîtrise pas les critères de choix
conseil à l'utilisation, au paramétrage, à l'intégration dans un environnement informatique existant
projets de développement autour du logiciel (modules d'extension, adaptation aux besoins spécifiques)
support technique, assistance, aide à la résolution de problèmes
[plus rare] garantie de correction de bugs en temps limité
formation au logiciel, tant à son utilisation qu'à son paramétrage (rôle d'administrateur)
documentation technique, livres, tutoriaux
animation de forums d'échange autour du logiciel ("club des utilisateurs de xxx")
Comme nous l'avons dit dans la section précédente, il existe très peu de sociétés éditrices de logiciels libres. Les modèles économiques précédents poussent effectivement à la commercialisation de services, de produits dérivés ou de logiciels complémentaires. Cela signifie-t-il que les personnes souhaitant vivre (du moins en partie) du seul développement de logiciels doivent nécessairement s'associer à des prestataires de services? En termes de rentabilité d'entreprise, doit-on comprendre que le rôle du développeur constitue un centre de coût qu'il faut toujours contre-balancer par un centre de profit tel que la prestation de services ou l'animation de formations?
Ce constat nous semble bien négatif car il empêcherait toute personne non intégrée à une société commerciale "multi-services" de vivre de sa passion, le développement de logiciels libres. Dans cette section, nous nous proposons d'imaginer un modèle différent, le plus compatible possible avec les idées motrices du logiciel libre mais qui viabiliserait (un peu mieux) l'activité d'édition logicielle.
Le monde du libre a plusieurs principes fondateurs qu'il nous semble important de respecter. Parmi ces principes, il en est un qui consiste à combattre toute rente associée au logiciel. Un éditeur ne doit pas pouvoir se reposer sur ses lauriers et vivre de la rémunération de logiciels qui n'évoluent plus ou qui ne sont plus maintenus.
Prenons à nouveau l'exemple d'une société commerciale qui édite des logiciels fermés. Elle doit bien sûr rémunérer ses développeurs, couvrir ses frais de structure et faire des bénéfices pour être capable d'investir dans les projets futurs ou de rétribuer ses actionnaires.
Supposons que la société développe le logiciel "W" et l'amène à maturité: les bugs ont été découverts et corrigés, les utilisateurs sont satisfaits du logiciel tel qu'il existe. Supposons par ailleurs que la commercialisation des licences d'utilisation du logiciel "W" ait couvert toutes les besoins financiers afférents. Tout est parfait, l'entreprise est rentable les utilisateurs satisfaits et les employés rémunérés. Plusieurs questions se posent alors:
Le logiciel W doit-il rester payant? Si oui quelle justification peut-on avancer?
Le logiciel W doit-il rester fermé?
Chacun a son opinion bien sûr. Voici la nôtre: le coût de construction du logiciel (+ bénéfices "raisonnables") est couvert par le prix de vente des licences. On peut donc soulager les utilisateurs en rendant ce logiciel gratuit.
Bien sûr, si de nouvelles fonctionnalités doivent être développées, si un changement technologique implique la réécriture du logiciel, cela impliquera de nouveaux investissements donc il semble logique de faire participer les utilisateurs à ces frais. Mais nous parlons là d'une nouvelle version du logiciel. La version précédente, elle, devrait être rendue gratuite dès qu'elle ne coûte plus rien à l'entreprise.
Concernant la liberté du logiciel, c'est plus délicat. La plupart des sociétés commerciales rechignent à divulguer leurs "secrets de fabrication" comme par exemple la manière dont leurs logiciels sont conçus. Par transitivité donc, elles ne souhaitent généralement pas libérer le code de leurs logiciels, ou du moins pas entièrement. C'est dommage car:
Cela permettrait à certains utilisateurs intéressés d'améliorer le logiciel même si la société n'investit plus dessus. Par là-même, la durée de vie du logiciel serait plus longue et la population des utilisateurs pourrait rester plus longtemps intéressée, sécurisée, rassurée.
Cela garantirait la pérennité du logiciel en cas de faillite de la société.
L'ouverture du code pourrait être l'occasion pour des utilisateurs avancés de donner leur avis sur la conception interne du logiciel, de critiquer et de donner à la société éditrice des idées pour d'autres logiciels ou pour des versions futures de celui-ci...
Toujours dans l'optique de faire de l'édition de logiciels libre son métier, quelles sources de financement peut-on imaginer?
Les dons d'utilisateurs ou de tout acteur intéressé par le développement de ces logiciels. Une société peut parrainer un logiciel, une collectivité locale ou toute autre entité administrative peut également aider au développement, à l'innovation
La vente de licences
L'approche par dons est séduisante mais cadre mal avec l'esprit de notre société actuelle, du moins en France. Le problème est à la fois culturel (pourquoi faire un don alors que je peux utiliser un logiciel gratuitement) et social/fiscal (un avantage fiscal accompagne les dons mais uniquement s'il est fait à une association caritative). En attendant que nos cultures évoluent, il nous faut trouver un complément de financement plus fiable.
L'idéal serait que l'on puisse vendre un logiciel libre au prix qu'a coûté son développement et que coûtera sa maintenance. Or nous l'avons vu, l'éditeur ne peut être certain que d'un seul achat: celui du premier exemplaire du logiciel. Dès lors l'utilisateur a lui-même le droit de le re-distribuer, éventuellement gratuitement. Il faudrait donc que le premier "client" paie le prix de revient pour tous les autres utilisateurs. Ceci rappelle le financement des projets de recherche... mais il est très improbable que de nombreux petits projets puissent être financés de cette manière.
Plus subtil: plusieurs utilisateurs pourraient se regrouper pour rassembler une somme couvrant le coût de construction du logiciel. Mais cela signifie qu'ils devraient acheter "sur plans" un logiciel qu'ils n'ont pas demandé spontanément et qu'ils devraient s'allier avec d'autres utilisateurs (qui sait, peut-être leurs concurrents). Difficile à admettre.
Comme dans certains frameworks à la mode, si nous inversions la dépendance? Plus précisément, au lieu de financer le logiciel libre en début de construction, si nous le faisions à la fin? Comment? En vendant des licences commerciales... le temps de réunir une somme "convenable" pour rétribuer les développeurs de leurs efforts... le temps de libérer le logiciel.
Inventons ensemble la notion de Logiciel Libérable. Il s'agirait d'un logiciel:
initialement propriétaire, fermé et commercial
développé sur fonds propre (temps et/ou argent investi par les développeurs)
dont le coût de construction est mesuré et transparent
Dès que ce logiciel atteint un niveau utilisable:
les développeurs packagent une version "V"
cette version est vendue à tous les utilisateurs intéressés à un prix équitable, sous une licence non-libre (il pourrait s'agir d'une sorte de licence GPL ou Open Source supprimant le droit de re-distribution)
les développeurs travaillent activement au développement de la version V+1 et intègrent toutes les remontées d'erreurs ou suggestions d'améliorations faites par les utilisateurs
Dès que le montant des ventes atteint un niveau raisonnable (par rapport à l'investissement sur la version V):
les développeurs packagent une version "V+1"
a nouveau, cette version est mise en vente, suivant les mêmes modalités que précédemment
les utilisateurs ayant acheté la version V se voient proposer un tarif préférentiel
la version V devient un logiciel complètement libre (GPL, CeCILL)
Les utilisateurs ne pouvant se satisfaire d'une licence libre peuvent acheter le logiciel sous une autre licence non-libre. Ce service n'est jamais rendu gratuit, l'objectif étant de promouvoir la liberté du logiciel; par contre les bénéfices associés à la vente de licences non-libres contribueront à faire baisser le coût de la version suivante du logiciel.
Le processus de libération des versions successives du logiciel peut continuer indéfiniment si les utilisateurs ou les développeurs ont des idées ou des besoins de fonctionnalités nouvelles. Si par contre l'activité ralentit, la dernière version devient à son tour un logiciel libre. On dira dès lors que le logiciel a été "libéré".
Le modèle de logiciel libérable pourra ensuite être repris pour développer de nouvelles versions. Typiquement, supposons qu'un logiciel fonctionnant sur le framework .NET 1.1 a pu être complètement libéré. Lorsque le framework 2.0 devient disponible en version stable, le portage 1.1 vers 2.0 peut être financé à la manière des logiciels libérables.
Pourquoi se limiter au logiciel? Le processus de libération du contenu pourrait très bien s'adapter à d'autres domaines:
Le livre (électronique)
La musique
La vidéo
Tout contenu numérique en réalité
Les contenus numériques sont différents des éléments physiques (livres papier, voitures, aliments, etc...) en ce sens que les copier ne coûte rien. Plus précisément, une fois élaborés, les contenus numériques peuvent être dupliqués à l'infini sans dégradation, au prix de l'électricité et des média informatiques nécessaires à leur copie (ordinateurs, supports de stockage ou de téléchargement...). Il semble donc tout à fait naturel de ne pas leur appliquer le même raisonnement commercial qu'aux autres choses ou services.
Bien entendu, la plupart des sociétés traditionnelles sont réfractaires à la mise en place de stratégies de ventes dans lesquelles elles ne gagneraient plus d'argent au bout d'un moment (i.e. lorsqu'elles sont rentrées dans leurs frais et qu'elles ont fait des bénéfices raisonnables). Elles sont attachées aux rentes associées à leurs produits; ceci est vrai par exemple pour:
les logiciels que l'on paie toujours après plusieurs années de vente, alors qu'il est de notoriété publique que la société est rentrée dans ses frais
les fichiers musicaux (ogg, mp3 ou autres) et les films numériques que l'on peut acheter en ligne au prix fort, c'est-à-dire à un prix beaucoup plus important que le coût de revient global (construction + maintenance + copie)
les livres électroniques (ps, pdf, metro ou autres) qui ne coûtent en réalité que la rédaction, la relecture et les corrections, la mise en page et la campagne publicitaire. Leur prix pourrait devenir plus raisonnable voire nul après amortissement.
Dans cet article, nous avons essayé d'imaginer un modèle économique à peu près respectueux de l'objectif et de l'étique des logiciels libres, et qui permettrait aux accros du développement logiciel de faire de leur passion un métier viable. L'idée du "Logiciel Libérable" a été mûrie pendant plusieurs semaines et souvent remaniée au gré des lectures des licences, des articles philosophiques de gourous reconnus du monde du libre, de l'Open Source et des logiciels fermés.
Toutefois, plusieurs doutes subsistent, appuyés par quelques réactions des premiers relecteurs de cet article. Nous apprécierions donc beaucoup d'avoir votre avis, vos sentiments, vos ressentis à ce sujet dans les commentaires... Par exemple:
Le modèle des Logiciels Libérables vous semble-t-il viable?
Qu'en pensez-vous?
Les Logiciels Libérables sont-ils un compromis acceptable pour les puristes des Logiciels Libres? Si non, quels sont les point les plus litigieux?
Êtes-vous d'accord sur le principe qu'un logiciel ne devrait pas coûter beaucoup plus cher que son prix de revient?
Selon la tournure que prendra le débat autour de cet article, nous aimerions également vous proposer de tester ce modèle par une expérience pratique autour du livre électronique "Conception Orientée Aspects". Donnons tout d'abord quelques détails financiers autour de ce projet:
Ce livre a été rédigé en 30 jour*homme et a coûté 130€ de relecture. Son prix de revient dépend bien entendu du coût journalier de son auteur, faisons donc une estimation basse à 500€ par jour: 500*30 + 130 = 15130€.
La société Valtech Training a sponsorisé la rédaction de ce livre à hauteur de 5000€, ce qui fait chuter le prix "restant à amortir" à 10130€.
En 7 mois de vente en ligne sur www.dotnetguru.org, 56 exemplaires ont été vendus à un prix moyen approximatif de 25€ (ne tenons pas compte des taxes diverses, pour simplifier le calcul). Soit un bénéfice de 1400€. Ainsi, resteraient à amortir 8730€.
Imaginons maintenant que nous appliquions à ce livre le modèle du "Livre Libérable":
Nous pourrions rendre la version actuelle 1.0 de son code source libre (il est écrit en Simplified DocBook) ainsi que sa distribution binaire, c'est-à-dire sa version PDF.
En parallèle, nous pourrions étoffer ce livre en lui ajoutant tout d'abord une annexe décrivant le PetShopAOP puis au courant de l'été en rédigeant de nouveaux chapitres expliquant la mise en oeuvre d'AspectDNG (qui va évoluer et arriver à maturité entre cet été et cet automne). Cette version 2.0 serait, comme la précédente, mise en vente sur www.dotnetguru.org.
Toutes les ventes rétribueront les contributeurs du livre, et une fois que tout le monde est rentré dans ses frais financiers ou d'investissement de temps personnel, le livre devient définitivement libre.
Il suffira de choisir une licence libre telle que la FDL pour sa distribution officielle en tant que document libre.
Ce modèle est intéressant à plus d'un titre. Il permettrait:
à de très nombreux lecteurs de prendre connaissance de la version 1.0 à moindre frais
de corriger les erreurs d'orthographe, de grammaire ou de sémantique directement dans le code XML source pour contribuer à son amélioration
de re-dynamiser les ventes autour de la version 2.0 pour ceux qui veulent en savoir plus (ici sur AspectDNG et le PetShopAOP)
à d'autres auteurs de livres libres d'intégrer une partie de "Conception Orientée Aspects" sans risquer de procès pour non-respect du droit d'auteur
Bien sûr, ce modèle a ses travers, il créera peut-être des comportements non-contributaires tel qu'une position attentiste de la version gratuite suivante... C'est un risque à courir mais si la communauté des contributeurs suffit à subvenir aux frais d'édition, le pari sera gagné.
A vos claviers. Dites-nous si ce modèle de "Contenu Libérable" (Logiciels, livres, musique, films) vous intéresse et aidez-nous à affiner ce modèle en critiquant ses imperfections. Et en sus, prenez position "pour" ou "contre" l'application du modèle du livre libérable à l'ouvrage "Conception Orientée Aspects".
Nous attendons avec grande impatience de lire vos réactions.